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A Camden, la réforme de la police ne fait pas le printemps




Longtemps, Camden a été une des villes les plus dangereuses des Etats-Unis, avec un taux de criminalité comparable au Honduras et des policiers municipaux corrompus en cheville avec les trafiquants de drogue. Récemment, les choses se sont améliorées. Un peu. Mais pas assez.
Dans cet ancien bastion industriel proche de Philadelphie (est), où siège encore la société Campbell's - qui produit de célèbres boîtes de soupe -, les forces de police ont été reprises en main, leurs méthodes réformées. Cette ville à forte population noire et hispanique est devenue un exemple pour d'autres cités américaines ébranlées par des émeutes après la mort de Noirs liée à des violences policières.
Mais cette amélioration semble aujourd'hui fragile. Parce que l'administration Trump veut mettre fin au soutien financier du gouvernement fédéral à de telles réformes policières, et parce que, dans une ville comme Camden, dans le New Jersey, beaucoup reconnaissent que le problème dépasse largement les compétences de la police.
"Ils font ce qu'ils sont censés faire, il faut le reconnaître", dit Marylyn Santiago, une mère handicapée de 32 ans, en pointant du menton trois agents de police en train de patrouiller dans son quartier aux rues sales.
"C'est mieux qu'avant", reconnaît-elle, même si pour elle la situation reste "terrible". A Camden, près de 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Et la drogue - héroïne, opiacés - fait des ravages. Près d'une cinquantaine de personnes sont mortes d'overdose depuis le début de l'année, contre 29 sur toute l'année 2014.
L'espoir était pourtant revenu en 2013, lorsque la police municipale a été démantelée puis réorganisée. Des agents ont été renvoyés, d'autres embauchés, et le chef de la police Scott Thomson a inondé la ville de policiers patrouillant les quartiers à pied.
Avec une police municipale dotée d'un budget annuel de 66 millions de dollars, les agents portent maintenant des caméras qui enregistrent leurs interventions. Des caméras de surveillance ont aussi été installées dans les rues ainsi que des détecteurs capables de localiser des coups de feu en quelques secondes.
Les résultats n'ont pas tardé. Les homicides, au nombre de 67 en 2012, sont tombés à 33 en 2014, avant de remonter à 44 en 2016, et six pour l'instant en 2017.
Les plaintes pour abus d'autorité contre la police ont aussi chuté, de 65 en 2014 à 31 en 2016, et seulement sept depuis le début de l'année 2017.
Les policiers en patrouille disent être désormais bien accueillis par les propriétaires immobiliers, et craints par les trafiquants de drogue et les criminels, dont beaucoup ont quitté la ville ou été incarcérés.
Louis Sanchez, un policier de 47 ans dont la mère habite Camden, explique la philosophie générale des changements introduits: la police coopère plus avec la population, évite le plus possible toute agressivité, sans pour autant négliger aucun crime, même la petite délinquance.
"Si vous laissez passer quelque chose, ça s'accumule vite", dit M. Sanchez. La police doit intervenir sur les petits délits, même mineurs. Mais selon ce policier, infliger une amende n'est pas toujours la solution, il vaut mieux avoir une attitude constructive. "La façon dont je vois les choses, c'est que parfois, si la personne n'a pas changé un phare, c'est parce qu'elle a du mal à finir le mois..."
Si les améliorations au niveau de la police sont indéniables, les problèmes persistent: le manque d'emplois et le fait que les perspectives d'avenir soient souvent bouchées poussent notamment les jeunes vers la criminalité, parfois dès l'âge de 12 ans, explique Gwendolyn Cook, qui gère un programme pour jeunes adolescentes - et considère Scott Thomson comme un héros.
Une fille de 16 ans a ainsi assassiné un garçon de 14 ans dans le cadre du bizutage d'un gang, dit-elle. Elle a été condamnée à 30 ans de prison.
Même s'il y a des avantages fiscaux pour les entreprises qui investissent à Camden, les emplois restent rares, souligne Mme Cook. "Ils peuvent embaucher 1.000 policiers supplémentaires... si les Noirs et les Hispaniques de Camden n'ont pas de travail, la criminalité ne va pas reculer", dit-elle.
Elle raconte avoir voulu aider une mère célibataire inquiète de voir son fils de 14 ans sombrer dans la drogue, en l'inscrivant dans un programme de réhabilitation. L'adolescent a été refusé faute de casier judiciaire. Peu après, il était arrêté avec 10 sachets d'héroïne en poche. Puis, trois semaines plus tard, pour un vol à main armé. "Maintenant il est en prison", souligne Mme Cook. "On voudrait les sauver mais on n'a pas l'aide nécessaire."
Darnell Hardwick, président de la branche locale de l'association de défense des droits civiques NAACP, estime que le nombre de morts par homicides a baissé uniquement car la police évacue les blessés plus vite vers les hôpitaux.
Pour lui, la police reste trop blanche, beaucoup de policiers venant de faubourgs plus blancs que la ville elle-même, ce qui alimente les frustrations.
"Notre problème est que beaucoup de gens ne vivent pas à Camden", dit-il. "Ils partent là où il y a moins de criminalité, où ils peuvent mieux gagner leur vie", dit-il.
"Ils ont fait le ménage dans les rues, mais le système est cassé", dit Santiago, mère de famille. "On vit vraiment dans un endroit merdique."

Libé
Lundi 17 Juillet 2017

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