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A Addis-Abeba, de jeunes artistes contemporains veulent dépoussiérer l’art




A Addis-Abeba, de jeunes artistes contemporains veulent dépoussiérer l’art
Dans un parc public près du Musée national d’Addis Abeba qui abrite les trésors culturels éthiopiens, une poignée d’artistes contemporains veut rompre avec le passé et la tradition.
Au Centre artistique Netsa, on peut voir les tableaux que Merhet Debebe crée à partir de lacets usagés, les troncs d’arbre peints de Tamrat Gazahegn ou les sculptures géantes de Tesfahun Kibru, faites de bouts de métal de récupération.
Ce collectif, unique en Ethiopie, réunit 15 artistes qui se veulent à l’avant-garde de l’art contemporain éthiopien et sont désireux de se démarquer radicalement des reproductions à l’infini de l’imagerie copte des peintures anciennes, recyclée dans l’art commercial accroché dans la plupart des galeries éthiopiennes.
Encore balbutiant, ce mouvement se revendique radical et osé, utilise aussi la vidéo, et veut montrer “que l’Ethiopie ne se résume pas à ses trésors culturels, historiques et préhistoriques, mais également à un travail contemporain”, explique Desta Meghoo, commissaire d’une récente exposition à Addis-Abeba.
“Nous ne voulons pas rester un élément mineur de l’art” mondial, explique-t-elle.
Cette récente exposition a permis à de jeunes artistes éthiopiens, relativement peu connus, de voir leurs oeuvres côtoyer des lithographies de l’architecte/designer brésilien Oscar Niemeyer ou des tableaux de la plasticienne portugaise Paula Rego.
“Ce n’est pas simplement bien pour moi en tant qu’artiste”, a expliqué le jeune peintre éthiopien Merid Tafesse, dont deux tableaux étaient exposés; cela a permis de dire au monde qu’il y avait autre chose en Ethiopie que l’art kitsch vendu aux touristes, ajoute-t-il.
Lui dont les tableaux - clowns au fusain, visages proches de la caricature ou silhouettes colorées - pourraient être européens ou américains, regrette que la plupart des acheteurs recherchent le cliché dans l’art éthiopien: anges aux yeux démesurés, croix traditionnelles et disciples en aube blanche.
“C’est plus facile pour certaines personnes d’être touchées par l’art commercial, parce qu’elles y voient des représentations religieuses ou des vêtements typiques, donc elles pensent que c’est ce qui représente le mieux l’Ethiopie. Mais c’est l’expression personnelle (...) de l’artiste qui fait l’art”, explique-t-il.
Certains artistes, comme Tamrat Gazahegn, ont choisi de détourner ces thèmes traditionnels parfois de façon expérimentale. Sur de pseudo-parchemins qu’il orne de vert, orange ou jaune, il reproduit les écritures traditionnelles, remplaçant les habituelles citations bibliques par ses propres mots.
Cet embryonnaire mouvement artistique contemporain éthiopien est une excroissance directe du modernisme éthiopien, apparu dans les années 1950 et 1960 et qui connut un certain succès sur la scène internationale.
Ce mouvement moderniste avait périclité dans les années 1970 avec l’arrivée au pouvoir éthiopien du régime militaro-marxiste, répressif et autoritaire, du Derg, qui contraint de nombreux artistes à l’exil, les autres se limitant à des oeuvres “révolutionnaires” aux thèmes “socialistes”.
La créativité et l’expérimentation renaissent aujourd’hui grâce, selon la professeure d’art éthiopienne Elizabeth Wodegiorgis, à un accès plus facile au reste du monde via Internet et à l’ouverture vers l’étranger voulue par les récents responsables de l’Ecole des beaux-arts d’Addis-Abeba, ouverte en 1958.
Mais selon Elizabeth Wodegiorgis, également propriétaire de la seule galerie d’art moderne du pays, l’absence de bourses et d’analyse critique dans le pays freine le développement de l’art contemporain, les artistes ayant du mal à se faire connaître et à vendre leurs oeuvres sur le marché international.
“L’Ethiopie n’a pas produit d’artiste reconnu internationalement” dans l’art contemporain, souligne-t-elle et aucun artiste éthiopien n’a jusqu’ici réalisé de vente importante. Seule exception, Julie Merhetu, née en Ethiopie mais éduquée et installée aux Etats-Unis, à qui la banque Goldman Sachs a commandé une peinture murale pour ses bureaux new-yorkais pour 5 millions de dollars et dont un des tableaux a dépassé le million de dollars chez Sotheby’s en 2010.
A Addis-Abeba, seuls Tamrat et Merid parviennent à vendre certaines oeuvres, dont les prix oscillent entre 1.500 et 3.000 dollars. Mais la plupart des artistes peinent à vivre de leur art. Si le collectif fournit un espace de travail, il ne garantit pas des ventes et sortir des canons se paie financièrement.
“Commercialement, je ne peux pas dire que nous ayons eu beaucoup de succès en ce qui concerne les ventes de nos oeuvres”, explique Merhet Debebe, l’une des fondatrices du collectif, qui espère voir le jour où “les artistes n’auront plus à lutter pour survivre”.
“Au rythme actuel, je ne sais pas si cela va arriver bientôt, mais j’espère, j’espère”, explique-t-elle, riant à l’idée que ses lacets de récupération ou ses vidéos expérimentales la fassent vivre un jour.
Desta Meghoo estime que ce n’est qu’une question de temps avant que les jeunes artistes éthiopiens s’exposent dans les galeries ou musées internationaux.
Le Musée d’art moderne de New York (MoMA) a d’ailleurs d’ores et déjà acheté des oeuvres de Merid Tafesse, même “si elles sont dans les réserves et n’ont pas encore été accrochées”.

AFP
Vendredi 26 Avril 2013

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