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8,8 milliards de dirhams pour près de 45.000 associations : Les grosses difficultés du tissu associatif dévoilées par le HCP




8,8 milliards de dirhams pour près de 45.000 associations : Les grosses difficultés du tissu associatif dévoilées par le HCP
Ces dernières années, le monde associatif a connu un essor considérable et est devenu par là une composante incontournable de la vie économique et sociale. Pourtant, force est de constater qu’il demeure quasi invisible dans les statistiques officielles. Afin de combler ce vide, le Haut commissariat au plan (HCP) a réalisé une enquête nationale auprès des institutions sans but lucratif (ISBL) portant sur l’exercice 2007 et ayant pour objectif d’appréhender les caractéristiques de ces institutions, d’en évaluer la contribution économique et sociale et d’identifier les obstacles qui entravent leur développement. Pour la réalisation de l'enquête, les concepts et définitions adoptés sont conformes aux standards internationaux en la matière, à savoir le Système de comptabilité nationale (SCN 93) et le Manuel des institutions sans but lucratif développé par l’Université de John Hopkins et parrainé par l’ONU.
Concernant tout d’abord la taille et le  champ d’action du tissu associatif, il ressort de l’enquête que le nombre d’associations réellement en activité en 2007 est estimé à 44.614. En rajoutant les associations reconnues d'utilité publique, enquêtées exhaustivement, on  aboutit à un nombre de 44.771 associations. En rapportant ce nombre à la population marocaine (estimée en 2007 à 30.841.000 habitants), il en ressort un taux de 145 associations pour 100.000 habitants (contre 1749 en France en 2005 et 508 au Canada en 2003).
Par ailleurs, la majorité des associations en 2007 sont des structures jeunes, 8 associations sur 10 ont été créées entre 1997 et 2007 et 4 sur 10 depuis le lancement de l’Initiative nationale pour le développement humain  en 2005. Plus globalement, l'âge moyen des associations au Maroc était de 4 ans en 2007. Ces structures sont présentes sur tout le territoire national avec une relative concentration au niveau des régions de Rabat-Salé-Zemmour-Zaër et de Souss-Massa-Drâa (3 associations sur 10). Il est à signaler au passage que la majorité des associations (70,5%) offrent leurs services à toute personne qu’elle soit adhérente ou non. Par sa présence et son engagement, le secteur associatif a pu attirer plus de 15 millions d’adhésions dont la quasi-totalité (98,6%) est constituée de personnes physiques et dont le tiers est de sexe féminin. Il est à noter cependant que 57,3% des associations comptent moins de 100 adhérents. Ces dernières représentent globalement 7,1% des adhésions totales au tissu associatif. En revanche, 6,8% des associations les plus importantes concentrent 57,7% des adhésions.
Mais quelles sont donc les conditions d’activité et de fonctionnement de ces ISBL ? Il faut avouer qu’elles sont loin d’être favorables pour leur permettre de mener à bien leurs activités. Le problème de l’inexistence d’un local se pose pour plus de la moitié d’entre elles. Pour le reste, 29,6% sont hébergées à titre gratuit (principalement par des institutions publiques ou privées dans 58% des cas ou au domicile de l'un des membres dans 29% des cas), 11% sont locataires et 8,4% propriétaires de leurs locaux. L’équipement en matériel informatique est très faible. Ainsi, moins d'une sur cinq dispose d'un ordinateur et même lorsqu'elles en disposent, le nombre d'ordinateurs ne dépasse pas deux dans plus de 72% des cas. En outre, l’enquête fait ressortir que 7% seulement des associations sont connectées à Internet en 2007.
Concernant le volet de la gestion financière, l'enquête montre que  la quasi-totalité (94,7%) des associations ne tiennent pas de comptabilité selon les normes en vigueur.
Malgré ces conditions de travail peu attractives, les associations restent peu attirées par l’opportunité qu’offre la mutualisation des moyens. 78,1% d’entre elles ne sont affiliées à aucun réseau et 87,7% des associations agissent seules sans recourir au partenariat.  Seules 7,9% d’entre elles ont établi des partenariats avec l’Etat ou des établissements publics, 2,7% avec les collectivités locales et seules 1,5% ont travaillé dans le cadre d’un partenariat avec l'étranger.
Un autre point et non des moindres, a été également abordé par l’enquête, celui des ressources humaines. Les données montrent que 95,9% des associations sont gérées uniquement par un bureau exécutif, 1,1% par un Conseil d'administration et 3% ont à la fois un conseil d'administration et un bureau exécutif. A propos des profils des membres de ces entités, les femmes représentent 12,7%. Selon la profession, 16,9% de ces membres sont des cadres supérieurs et membres des professions libérales ; 14,8% des cadres moyens, 14,6% des employés ; 9,6% des parlementaires, élus locaux, responsables hiérarchiques et 8,2% des artisans et ouvriers qualifiés des métiers artisanaux.
Quant au bénévolat, il constitue incontestablement la principale force du travail associatif, 7 associations sur 10 en dépendent totalement. En 2007, le secteur associatif a mobilisé près de 352.000 bénévoles qui ont consacré près de 96 millions d'heures de travail, soit l'équivalent de 56.524  emplois à temps plein.
Pour ce qui est de l’emploi rémunéré, 31,4% des associations y recourent. Ces dernières ont  employé, en 2007,  27.919 personnes à plein temps et ont fait appel à 35.405 personnes à temps partiel qui ont travaillé au total 10.066.000 heures. En somme, le secteur associatif aura mobilisé 90370  bénévoles et emplois rémunérés, soit 0,9% de l'emploi global au Maroc en 2007 (cette proportion est de 7,9% en France).
A part ces deux formes de travail, les associations bénéficient également des services de personnes mises à leur disposition par des institutions publiques ou privées. En 2007, 2,4% des associations ont bénéficié des services de 5.582 employés mis à leur disposition, principalement  par l’administration publique (94,3%). Ces personnes ont consacré un total de 5.591.300 heures au travail associatif, soit l’équivalent de 3.293 emplois à plein temps.
Le tissu associatif marocain aura ainsi employé 33.846 personnes à temps plein et bénéficié des services de près de 352.000 bénévoles (réguliers et irréguliers) et de 5.582 personnes mises à sa disposition.
Quid des ressources financières et des dépenses du tissu associatif ?
Les ressources financières d’un montant de 8,8 milliards de dirhams (2007) demeurent faibles par rapport à la taille du tissu associatif qui compte près de 45.000 unités. C’est ainsi qu’une association sur cinq fonctionne avec un budget annuel de moins de 5.000 DH, une sur trois avec moins de 10.000 DH et seules 5,4% disposent d'un budget de plus de 500.000 DH annuellement. Les associations dont le budget dépasse un million de dirhams ne représentent que 2,5% des associations mais concentrent 63% des ressources du tissu associatif. En revanche, 80% d'associations disposent de ressources annuelles ne dépassant pas les 100.000 DH et se partagent moins de 10% de l'ensemble des ressources du tissu associatif. Par domaine d'action, le montant médian des ressources annuelles varie de 7.600 DH pour les «associations économiques et professionnelles» à 326.898 DH pour celles exerçant des «activités internationales». En outre et selon leur origine, près de 32% des ressources financières des associations proviennent des dons et transferts courants émanant des ménages (12 ,7%), des administrations publiques (6,1%), des entreprises (5,7%), de l’extérieur (5%) ou d'autres associations (2,5%).
Par ailleurs, les cotisations constituent la principale source de revenus des associations ayant des ressources annuelles inférieures à 10.000 DH ; elles représentent près de la moitié de leurs ressources. Au fur et à mesure que les ressources augmentent, la part des cotisations diminue au profit des ressources provenant des dons et transferts courants. Les cotisations ne représentent, en effet, que 4,3% des ressources des associations ayant 10 millions de DH ou plus de revenus.
La ventilation des dépenses indique que pour leur fonctionnement et la réalisation de leurs actions, les associations ont dépensé, au titre de l’exercice 2007,  un montant de l'ordre de 5,9 milliards de DH, ce qui correspond à 66% de leurs ressources. Les charges d’exploitation absorbent près de 2,2 milliards de DH, soit 50,3% des dépenses totales. Les trois quarts de ce montant sont alloués aux charges et frais de fonctionnement et le reste aux frais du personnel. Le deuxième poste qui absorbe le quart des dépenses totales des associations est constitué des  transferts en capital et aides à l’investissement. Le troisième poste concerne l’acquisition des immobilisations qui consomme 15% des dépenses totales. Quant aux dépenses allouées aux transferts courants, elles ne représentent que 10,7%.
Pour conclure, l’enquête s’est arrêtée sur les multiples contraintes auxquelles reste confronté le tissu associatif qui ayant trait principalement à  l'absence d'équipements pour le fonctionnement et l'accès au financement. En effet, plus de 8 associations sur 10 déclarent souffrir de l'insuffisance d’équipements essentiels. En outre, près de 8 associations sur 10 peinent à accéder au financement. La disponibilité de bénévoles, nécessaire au tissu associatif, constitue également un problème crucial puisque  plus de la moitié des associations déclarent trouver des difficultés à les mobiliser ou à convaincre ceux déjà engagés à continuer à œuvrer en leur sein.

Nezha MOUNIR
Samedi 24 Décembre 2011

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