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25 ans après, la Suisse met au rebut les reliques de la Guerre froide




25 ans après, la Suisse met au rebut les reliques de la Guerre froide
La Guerre froide a pris fin en Suisse l'an dernier, sans un bruit. Un quart de siècle après la chute du Mur de Berlin, l'armée helvète a achevé fin 2014 de démanteler les explosifs placés depuis la Seconde Guerre mondiale sur des milliers de ponts, tunnels, routes, pistes d'aviation, pour protéger le riche pays alpin d'une éventuelle invasion étrangère.
Fin décembre, le "processus de démantèlement était terminé", a indiqué à l'AFP le responsable de la communication de l'armée helvète, Daniel Reift.
Le pont couvert de Bad Säckingen (nord), reliant la Suisse à l'Allemagne, constitue ainsi l'un des derniers ouvrages débarrassé de ses explosifs.
Le pont remontant au XIIIe siècle figure au registre des monuments historiques, mais les brochures touristiques omettaient de préciser que jusqu'en octobre dernier, plusieurs centaines de kilogrammes de TNT emplissaient encore ses fondations. Si la population connaissait au moins en partie l'existence de ce réseau miné, elle ignorait que les explosifs étaient toujours là, une génération après que la menace a disparu. "Nous étions tous au courant de ce minage, mais ne savions pas qu'il y en avait encore récemment. Quelle surprise!", confie Hans Ulrich Bühler le maire de Stein, commune reliée à l'Allemagne par le pont de Bad Säckingen.
C'est au début de la Seconde Guerre mondiale que la paisible nation neutre avait commencé à miner ses infrastructures civiles pour se protéger en cas d'invasion étrangère en détruisant les voies de communication.
"A partir de 1940, les dirigeants de l'armée ont défini le +concept du réduit alpin+ qui consistait pour l'armée à se retirer dans les montagnes et faire exploser les charges en cas d'attaque", explique l'historien Peter Hug. Le dispositif a été renforcé pendant la Guerre froide alors que la menace soviétique avait remplacé la menace fasciste, à travers le "dispositif des explosifs permanents 75", pour faire face à une hypothétique attaque des pays communistes membres du Pacte de Varsovie.
De plusieurs centaines à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le nombre de sites minés se situait à son apogée "entre 2.000 et 3.000 pendant les années 1980" au moment de la crise des euromissiles, après le déploiement de missiles nucléaires SS-20 soviétiques menaçant l'Europe occidentale, selon M. Hug. Or, selon l'historien, même après la dislocation de l'Empire soviétique fin 1991, la Suisse a "continué à investir des millions de francs dans cette doctrine", notamment dans un système d'artillerie situé dans le tunnel suisse du Gothard. Ce point stratégique, construit à partir de 1970, permet de relier le nord du pays avec le sud, proche de la frontière italienne.
Cette doctrine s'inscrivait "totalement dans la logique du fameux +gruyère suisse+ où chaque montagne était creusée" pour pouvoir contenir des bunkers, pistes aériennes et positions d'artillerie, pour se défendre en cas d'attaque", rappelle Julien Grand, secrétaire général de l'association suisse d'histoire militaire.
L'armée n'a avoué que récemment que cette stratégie était devenue "obsolète". Le démantèlement des sites répond à "l'évolution des menaces", aux "mesures d'économie" (l'entretien de ces sites coûtait cher, NDLR), "mais aussi à la possibilité d'obtenir désormais un effet comparable avec des moyens mobiles", explique l'armée sur son site Internet.
Mais pourquoi avoir attendu aussi longtemps? La Défense helvète avance qu'elle n'avait à disposition qu'un nombre restreint de spécialistes à même de manipuler de telles charges tout en respectant les strictes mesures de sécurité.
Mais pour Peter Hug, "c'est une question de culture politique". Les structures politiques, avec la primauté du consensus et la consultation des citoyens, "ne sont pas favorables à des changements abrupts. Il faut du temps", estime l'historien. "La Suisse a toujours 10-20 ans de retard sur les autres pays".
"Cette nouvelle peut sembler étonnante, mais c'est à l'honneur de la Suisse de l'annoncer officiellement, estime M. Hug. Aucun pays ne déclare tous ses secrets militaires et sait-on si tous les autres Etats ont également démantelé leurs dispositifs?"

AFP
Samedi 17 Janvier 2015

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