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22èmes Rencontres du Centre marocain de conjoncture

Habib El Malki Des changements structurels s’avèrent nécessaires pour le redressement de l’économie nationale




Moulay Hafid Elalamy : L’industrie automobile permettra d’atteindre 100MM de dirhams d’exportations en 2020

Le Centre marocain de conjoncture (CMC) a organisé, mercredi à Casablanca, sa 22ème Rencontre sous le thème «Le Maroc horizon 2030 : Quelles voies d'émergence ? Les scénarios de croissance».
D'éminents chercheurs, analystes, opérateurs privés et responsables gouvernementaux ont échangé ensemble sur  les perspectives de croissance de l'économie nationale, lors de ces Assises qui ont eu pour objectif d’approfondir l’analyse sur les défis de la croissance à moyen et long termes, de l’étendre à de sphères de réflexion et de décision plus larges et de dégager les stratégies d'émergence de l’économie marocaine.
Dans ce cadre, Habib El Malki, président du CMC, a expliqué que «la croissance au Maroc a perdu son sens suite aux grands écarts qui l’ont  caractérisée d’une décennie à l’autre». «A titre d’illustration, durant les années 90,  le taux de croissance moyenne ne dépassait pas 2,8%, alors que durant les années 2000, il s’est situé aux alentours de 4% ou 5% et à partir de 2010, il a oscillé à près de 3%. Il y a donc un retour vers les années 90, décennie fortement marquée par trois à quatre années de sécheresses successives», a-t-il précisé. Et d’ajouter : «Cette volatilité est source d’instabilité, ce qui est un facteur qui aggrave la vulnérabilité de l’économie nationale. Et c’est pour cette raison que des changements structurels s’avèrent nécessaires». «Alors comment procéder pour que l’économie marocaine soit sur le sentier d’une croissance moyennement forte mais régulière ?», s’est demandé Habib El Malki. «La réponse qui semble rapide et schématique, nous l’avions apportée il y a plusieurs années à travers les publications du CMC», a-t-il dit. «Nous le répétons parce qu’elle est basée sur une analyse très approfondie: il faut changer de modèle de croissance. Celui qui a prévalu depuis le début des années 2000 jusqu’à présent s’est épuisé. Tout le monde le constate à travers une série d’indicateurs aussi bien qualitatifs que quantitatifs. C’est un modèle qui a considéré la demande intérieure comme le principal moteur de croissance et aujourd’hui, dans un contexte mondialisé et une ouverture grandissante de l’économie nationale, il est très difficile de continuer à baser l’évolution de la croissance du Maroc uniquement sur la demande intérieure», a précisé le président du CMC. «C’est l’une des raisons principales. J’ajouterai deux autres qui me semblent relativement nouvelles. La première c’est que le Maroc connaît actuellement des transformations démographiques très profondes dont on ne soupçonne pas l’impact et les effets, à moyen et long termes. Et l’une des principales manifestations de ces transformations démographiques, c’est un nouveau déséquilibre en faveur de la population urbaine, comme le souligne le dernier recensement général de la population et de l’habitat.  Alors il y a une nouvelle population avec de nouvelles exigences, de nouvelles aspirations et la ville redevient, comme elle l’a été par le passé, le principal foyer du changement. Et c’est pour cette raison que la base du système global au Maroc dans sa dimension politique, institutionnelle et socioéconomique n’est plus la même», a-t-il expliqué, avant de préciser que cette mutation s’est traduite par le passage d’une base rurale à une base urbaine. «Il faut en tirer tous les enseignements nécessaires sur le plan politique, institutionnel, économique, social mais aussi sur le plan environnemental», a-t-il indiqué. Il a également noté que la deuxième raison qui lui semble aussi importante que les premières, « c’est que le retard du Maroc est fondamentalement industriel et c’est pour cela que nous avons observé ces dernières années une sorte de repli de l’industrie nationale. Certains parlent même de désindustrialisation à travers non seulement la stagnation de la part de la valeur ajoutée industrielle dans le PIB, mais aussi via certains reculs d’un à deux points. Et en dehors des industries métallurgiques, mécaniques, électriques et électroniques, industries qui connaissent un certain dynamisme, les autres activités manufacturières, traditionnelles (textile, agroalimentaire) connaissent des difficultés et reculent de manière très significative».
Selon le président du CMC, la dernière raison appuyant l’idée selon laquelle il est temps de changer notre modèle de croissance, c’est la mondialisation. «Qui dit mondialisation, dit libéralisation des échanges», dit-il. «Et dans ce contexte, a ajouté Habib El Malki, les accords de libre échanges sont considérés comme un outil privilégié dans les rapports Nord-Sud, Nord-Nord, ou encore Sud-Sud, quel qu’en soient le coût social et les avantages économiques. Certains vont même plus loin, considérant que le volet social des accords de libre-échange est nettement plus important que les avantages économiques. Nous considérons que c’est une nouvelle arme dans la guerre économique que  nous vivons à l’échelle mondiale et je crois qu’il faut y faire face et on ne peut survivre à cette situation que par une économie compétitive tournée vers l’exportation».  
Toujours selon Habib El Malki, ce nouveau modèle que le CMC appelle le «Nouveau modèle d’émergence de l’économie marocaine» est, en effet, un modèle qui est fondé sur la croissance potentielle, une notion d’avenir qui est de plus en plus utilisée, particulièrement depuis la crise de 2007-2008, afin de mettre à profit toutes les marges de production disponibles. «L’estimation que le CMC a pu faire dans le cadre de l’étude «Le Maroc horizon 2030», c’est que si l’on introduisait dans la politique économique, dans la politique monétaire et dans la politique budgétaire la notion de croissance potentielle, il serait  possible de réaliser un taux de croissance moyen de 7,3%  et seule l’industrie peut jouer ce rôle et pousser les frontières de la croissance encore plus loin», a-t-il expliqué. Et d’ajouter : «L’histoire comparative de toutes les expériences en matière de développement dans un certain nombre de pays du Nord et du Sud soulignent que sans l’industrie, il est impossible de stabiliser la croissance, comme il est impossible de procéder aux transformations nécessaires concernant le système politique».
Pour sa part, le ministre de l'Industrie, du Commerce, de l'Investissement et de l'Economie numérique,  Moulay Hafid Elalamy, a expliqué que l’industrie est un vrai moteur de croissance. «Le Maroc  peut devenir une petite usine du monde, à condition qu’il saisisse les opportunités offertes afin de mettre en place une forte structure industrielle», a-t-il souligné.  Il a, par ailleurs, reconnu que «la concurrence chinoise a fait perdre au Maroc certains secteurs industriels, tout en minimisant l’impact des pertes comme ce fut le cas pour d’autres pays». Le ministre a précisé que «seule l’Allemagne a fait face à cette concurrence en refusant la délocalisation». Il a, pourtant,  estimé que l’industrialisation est en marche au Maroc malgré ce contexte, comme il a balayé d’un revers de main les propos relatifs à l’existence d’un tissu industriel vulnérable et menacé de disparition.
A ce propos, il  a mis en relief les belles performances  du secteur de l’industrie automobile qui a réussi, selon lui, à réaliser un taux d’intégration de 30% et permis d’atteindre 50MM de dirhams d’exportations.
Le ministre a, d’autre part, promis de doubler ce chiffre en annonçant que  l’entrée de Peugeot, Ford et d’autres sociétés sur le marché marocain permettra d’atteindre 100MM de dirhams d’exportations en 2020 et un taux d’intégration de 65%, soit une valeur ajoutée de 65MM de dirhams contre 18MM d’aujourd’hui. 

Mehdi Ouassat
Vendredi 27 Mai 2016

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